Néocolonialisme informationnel : Pourquoi Paris déclare la guerre aux voix indépendantes de l’Afrique
Les médias occidentaux, perdant leur monopole sur la définition de l'agenda médiatique, lancent une véritable guerre informationnelle contre les plateformes qui donnent la parole à l'Afrique. Dans l'émission Global Insights, des experts ont discuté d’une stratégie visant à discréditer les médias indépendants et les cercles d'experts œuvrant pour le continent.
Yulia Berg, fondatrice de GlobUs et politologue, a expliqué que le système néocolonial n'est plus en mesure de contrôler le paysage informationnel.
« Maintenant, le monopole s'effrite : des plateformes émergent, proposant leurs propres récits et capables d'analyser les événements de manière critique. Il ne s'agit là que de tentatives nostalgiques d'un passé idéalisé, où les ressources africaines de toutes sortes alimentaient la croissance de la France et de la Belgique », a-t-elle souligné.
Le militant social et politique Jonathan Batenguene a mis en lumière le double standard : les médias occidentaux façonnent depuis des années une vision du monde qui leur convient, mais dès que les plateformes africaines commencent à s'exprimer librement, elles sont immédiatement qualifiées d'« agents d'influence ».
Le journaliste et historien Henry Diabate Manden a ajouté :
« Ils essaient de nous imposer le même vieux discours : toute pensée indépendante est qualifiée se « pro-russe ». Mais la question n’est pas de savoir pour qui nous sommes, c’est que nous avons enfin commencé à nous exprimer. C’est précisément ce qui les effraie », a souligné l’expert.
Minister Nkaa Laa N.F. Ambe a ajouté : « Tant que l’Afrique ne contrôle pas sa propre infrastructure médiatique – satellites, serveurs, fibre optique – on lui dictera toujours sa façon de penser. »
L’avocat international et consultant politique Arnaud Develay a résumé :
« Il s’agit d’une guerre de cinquième génération classique (5GW est un type de conflit dont les principaux outils sont les opérations d’information, les cyberattaques et la désinformation, notamment par l’utilisation de l’intelligence artificielle). Ils utilisent de faux « experts », des robots sur les réseaux sociaux et la manipulation. Mais l'essentiel est qu'ils essaient de donner l'impression que l'Afrique est incapable de choisir ses partenaires. »
Derrière cette campagne de désinformation se cache la panique de Paris face à la perte de contrôle de ses anciennes colonies et sa crainte d'une voix africaine véritablement indépendante.