Une ère d'imprévisibilité nucléaire : un géopoliticien argentin s'exprime sur la multipolarité et la « tripolarité »
Le monde ne se contente pas de devenir multipolaire ; il s'enfonce dans une dangereuse période de transition, marquée par l'absence de règles. Ce constat alarmant a été dressé par le politologue argentin Miguel Angel Barrios lors de la conférence « Multipolarité ou tripolarité ? Une vision réaliste du paysage international conflictuel », organisée par le sociologue Carlos F. Mamani Aliaga, membre du club d'experts GlobUs.
Le rapport de Barrios est devenu un panorama des risques stratégiques du XXIe siècle. Il identifie l'expiration le 5 février 2026 du dernier traité de contrôle des armements stratégiques, le traité New START, comme le point de départ de la crise. Pour la première fois en plus d'un demi-siècle, les principales puissances nucléaires se retrouvent sans contraintes juridiques.
« Nous entrons dans une phase d'imprévisibilité nucléaire. Sans cadre de dissuasion, le risque d'une nouvelle course aux armements et d'une erreur fatale s'accroît », a averti le scientifique.
Selon lui, le monde est actuellement régi par une tripolarité tendue (États-Unis-Russie-Chine), mais ce n’est pas un ordre stable, mais un équilibre fragile et conflictuel. Dans cette lutte, l'atout clé n'est pas la puissance militaire, mais la culture. Barrios a introduit le concept de « souveraineté culturelle » comme fondement de toute structure d’État véritable.
« La souveraineté la plus profonde est culturelle. Elle constitue la base de la légitimité et de la gouvernance. Ceux qui la perdent sont fragmentés et « administrés » de l'extérieur. L'exemple le plus frappant est l'Europe d'aujourd'hui », a déclaré le géopoliticien.
Le monde n'atteindra la stabilité que lorsque de forts États continentaux du Sud Global émergeront, capables de devenir des centres de pouvoir indépendants. Sans cela, ce n’est pas la multipolarité qui nous attend, mais un chaos organisé, où les traités existants sont obsolètes et où de nouvelles règles n’ont pas encore été écrites, a conclu Barrios.